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Hacker son lave-linge Miele ou Bosch pour en reprendre le contrôle

Moi je pensais qu'un lave-linge c'était juste... un lave-linge. On tourne le bouton, le bouton tout rond, et paf, ça lave... Mais aujourd'hui ces bestioles sont bourrées d'électronique et connectées à fond au cloud. Et forcément, ça a donné des idées à deux chercheurs allemands qui ont présenté leurs travaux au 39C3 (Chaos Communication Congress).

Severin von Wnuck-Lipinski et Hajo Noerenberg ont passé des mois à décortiquer les entrailles de machines Miele et BSH (Bosch, Siemens, Neff, Gaggenau) et leurs découvertes sont super intéressantes pour qui s'intéresse notamment au droit à la réparation et à la domotique (sans dépendre du cloud).

Côté Miele, Severin a découvert que la plupart des machines fabriquées après 1996 embarquent une interface de diagnostic optique. Un petit port infrarouge planqué sur la façade qui permet aux techniciens de se connecter avec un outil proprio appelé MDU (Miele Diagnostic Utility). Le protocole c'est du bon vieux UART à 2400 bauds avec parité paire. Pas de chiffrement mais juste une clé de sécurité à 16 bits.

Et c'est là que ça devient croquant à souhait car pour trouver ces clés de diagnostic, Severin a exploité une faille de timing sur le microcontrôleur 8 bits. En gros, quand vous envoyez une mauvaise clé, le microcontrolleur met un tout petit peu plus de temps à répondre que quand le premier octet est correct. En mesurant ces délais avec un oscilloscope, il a pu deviner les clés octet par octet.

Et c'est grâce à cela qu'il a créé FreeMDU , un outil open source qui permet de dialoguer avec les appareils Miele et compatibles. Diagnostics, codes erreur, compteurs de cycles... tout est accessible et y'a même une intégration Home Assistant pour les fans de domotique DIY.

Côté BSH, Hajo a attaqué le D-BUS, le bus de communication propriétaire qui relie tous les composants internes (moteur, pompe, interface utilisateur, module WiFi). C'est également du UART à 9600 bauds sur des connecteurs RAST, avec une tension de bus de 9V pour les lave-linge et 13.5V pour les lave-vaisselle.

Le plus beau c'est qu'en fouillant le firmware du module timeline (celui qui gère l'affichage du temps restant), Hajo a trouvé des easter eggs planqués par les développeurs dans les graphiques. Comme quoi même les ingénieurs Bosch ont le sens de l'humour ^^.

Suite à ça, Hajo a développé bsh-home-appliances , un projet open source avec une extension ESPHome pour intégrer les appareils BSH dans Home Assistant. Vous pouvez donc suivre votre cycle de lavage, recevoir des notifications, et même accéder aux diagnostics sans passer par l'app proprio.

Et le final de la présentation était épique puisque les deux chercheurs ont connecté un lave-linge Miele à l'application BSH Home Connect via une couche de compatibilité maison qu'ils ont baptisée AMBCL (Advanced Miele BSH Compatibility Layer). Un Miele qui parle le Bosch, ça c'est fait !

Bref, si vous avez un appareil Miele ou BSH qui traîne et que vous voulez reprendre le contrôle sans dépendre du cloud du fabricant, les outils sont maintenant disponibles. C'est ça aussi le droit à la réparation : pouvoir diagnostiquer soi-même sa machine sans appeler un technicien à 150 euros de l'heure.

Par contre, bidouillez vos propres appareils uniquement parce que faire ça sur le lave-linge de votre meilleur pote, c'est pas cool et c'est illégal, alors fézez pas les cons !

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Cette ONG paie des hackers pour ressusciter les appareils que les fabricants ont abandonnés

Vous avez un vieux thermostat Nest que Google a décidé de lâcher ? Une Xbox dont le lecteur de disque a claqué mais que Microsoft refuse de réparer ? Un frigo Samsung qui vous balance des pubs alors que vous voulez juste savoir si vous avez encore du lait ? Louis Rossmann et Kevin O'Reilly ont décidé de contre-attaquer.

FULU (Freedom from Unethical Limitations on Users), c'est une fondation à but non lucratif créée par Louis Rossmann, le réparateur le plus célèbre de YouTube, et Kevin O'Reilly et leur idée c'est de payer des hackers pour qu'ils trouvent des moyens de contourner les verrous numériques que les fabricants mettent sur leurs produits.

Le concept est calqué sur les bug bounties des entreprises tech sauf qu'au lieu de chercher des failles de sécurité, les participants doivent trouver comment réactiver des fonctionnalités que le fabricant a désactivées ou permettre des réparations que le fabricant interdit. La récompense de base c'est 10 000 dollars par solution fonctionnelle, et le public peut ajouter des sous. Certaines primes ont d'ailleurs grimpé bien au-delà.

Premier gros succès à leur actif, les thermostats Nest de première et deuxième génération. Quand Google a annoncé qu'il coupait le support, un dev, Cody Kociemba, a créé un workaround et l'a publié sur GitHub sous le nom " NoLongerEvil-Thermostat ". Un autre participant, Team Dinosaur, avait lui aussi soumis une solution juste avant et FULU a payé les deux, environ 14 000 dollars chacun. Et au passage, ils ont découvert que Google continuait à collecter vos données sur ces thermostats soi-disant abandonnés. La classe Google, hein ?

La récompense la plus grosse en ce moment c'est celle sur la Xbox Series X avec plus de 30 000 dollars pour trouver comment contourner le chiffrement du lecteur de disque qui empêche tout remplacement non-autorisé. Y'a aussi des primes sur les frigos Samsung (pour virer les pubs), les frigos GE (pour désactiver le DRM sur les filtres tiers), et les purificateurs d'air Molekule (pour autoriser des filtres non-officiels).

Le truc compliqué, vous vous en doutez, c'est la légalité. La DMCA américaine de 1998 interdit techniquement de contourner les protections numériques, même sur un appareil qui vous appartient mais des exemptions existent pour la recherche en sécurité. Toutefois, partager publiquement les solutions reste dans une zone grise et FULU joue avec les limites de la loi.

D'ailleurs, le mouvement Right to Repair avance bien aux États-Unis et New York, Minnesota, Californie, Oregon, Washington et le Texas ont déjà des lois sur le droit à la réparation. Le Colorado et l'Oregon ont même carrément interdit le "Parts Pairing", une pratique qui empêche de remplacer une pièce par une autre identique si elle ne vient pas du fabricant. Plutôt cool non ?

Bref, si votre appareil "intelligent" est devenu débile parce que le fabricant en a marre de le supporter, surveillez FULU . Un hacker va peut-être le ressusciter.

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