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S3NS décroche la certification SecNumCloud 3.2
S3NS, la coentreprise entre Thales et Google, a annoncé, le 19 décembre 2025, que sa solution de cloud de confiance, rebaptisée « Premi3ns », avait reçu la certification SecNumCloud 3.2 de l’Anssi. Société de droit français, détenue majoritairement par Thales, S3NS a été créée pour pouvoir proposer les offres cloud de l’hyperscaler américain dans un cadre souverain.
La qualification SecNumCloud 3.2 garantit en effet l’imperméabilité aux lois extraterritoriales – notamment au CLOUD Act américain – et la conformité à la doctrine « Cloud au centre » de l’État français. Elle autorise donc les secteurs les plus sensibles, notamment la défense, l’énergie, la santé et la finance, à utiliser Premi3ns.
L’Anssi a certifié l’ensemble du périmètre soumis par S3NS, incluant des offres d’Infrastructure-as-a-Service (IaaS), de Container-as-a-Service (CaaS) et de Platform-as-a-Service (PaaS). Premi3ns intègre déjà les fonctionnalités phares de Google Cloud, et d’autres devraient venir les compléter dans les prochains mois.
Très attendue, la décision de l’Anssi constitue une victoire pour Google et Thales. Elle atteste qu’utiliser l’infrastructure cloud d’une entreprise américaine n’entrave pas la souveraineté d’une offre. Cette qualification est en revanche une mauvaise nouvelle pour les opérateurs français certifiés SecNumCloud, qui perdent un avantage concurrentiel crucial.
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Cession des actifs stratégiques : y a-t-il un pilote dans l’avion ?
Emmanuel Macron répète à l’envi que l’Europe doit devenir « une puissance dans un monde de puissances » et que les Européens ne peuvent plus se comporter comme « des herbivores dans un monde de carnivores », selon sa formule de novembre 2024. En 2022, Bruno Le Maire, alors ministre de l’Économie, assurait de son côté qu’« il n’y a plus de souveraineté politique sans souveraineté technologique ».
Et pourtant, ces mêmes responsables ont laissé filer en septembre 2025 la start-up grenobloise UPMEM, qui disposait d’une technologie unique de calcul en mémoire, qui permet de traiter des masses de données beaucoup plus vite et de manière bien plus économe en énergie. Placée en redressement judiciaire, la société considérée comme l’un des rares acteurs européens capables de concurrencer les technologies américaines dans le calcul IA et du big data a été vendue à… l’Américain Qualcomm. Bercy n’a pas bronché alors même que la France ambitionne de bâtir une filière souveraine de l’IA et qu’UPMEM était un partenaire de Mistral AI.
Le cas Exaion est tout aussi préoccupant. La vente de 64 % des parts de cette filiale abritant les supercalculateurs d’EDF à Marathon Digital Holdings (MARA), un groupe américain spécialisé dans le minage de cryptomonnaies, a été annoncée en août dernier. Premier problème : Exaion gère des capacités de calcul et des infrastructures dans les domaines sensibles (hydroélectricité, santé, recherche, administration, etc.), qui pourraient se retrouver sous la coupe du Cloud Act américain.
Exaion : l’État muet sur des clauses léonines
Second écueil : le deal comporte une clause d’exclusivité qui interdit à EDF d’agir « en tant que prestataire, agent, consultant ou autre » dans le domaine du calcul haute performance, gelant toute activité de calcul intensif, cloud, IA ou minage pendant deux ans, alors même que l’opérateur travaillait sur FlexMine, un projet visant à valoriser ses surplus électriques pour l’IA et le Bitcoin, désormais abandonné. Alors que tous les pays se battent pour sécuriser leur capacité de calcul, voilà qui ressemble fort à un abandon de souveraineté technologique en rase campagne.
Si le gouvernement assurait que le contrôle des investissements étrangers en France (IEF) permettrait de surveiller l’opération et d’imposer des conditions à cette cession, il est resté muet sur ces clauses léonines et la vente était en cours de finalisation à Bercy. Coup de théâtre début novembre 2025 : un consortium français baptisé FlexGrid a communiqué aux autorités une lettre d’intention visant à constituer une contre-offre, similaire à celle de MARA dans ses aspects financiers, mais dénuée de clause restrictive pour EDF. Au contraire, FlexGrid affirme vouloir déployer du calcul de haute performance (HPC) pour valoriser l’électricité excédentaire produite en France. À l’heure où nous mettons en ligne, le dossier n’est pas tranché.
En 2022, la reprise de Sigfox, pionnier français de l’internet des objets, par la société singapourienne UnaBiz avait déjà montré la fragilité du tissu industriel national.
Rhétorique d’indépendance, réalité de dépendance
Le repreneur promettait alors de « garantir la souveraineté technologique française », mais l’absurdité de la formule saute aux yeux : comment garantir une souveraineté qui ne vous appartient plus ? Cette question résume à elle seule la position française, qui oscille constamment entre rhétorique d’indépendance et réalité de dépendance.
En 2021, la cybersécurité connaissait un cas emblématique : la start-up Alsid, spécialisée dans la protection des annuaires Active Directory, était rachetée par l’américain Tenable. La même année, la France a vu partir Sqreen, spécialiste de la surveillance des infrastructures cloud et conteneurisées, tombée dans l’escarcelle de l’américain Datadog en 2021. Pour un dirigeant de la filière cité par L’Usine Digitale, « à chaque départ, c’est une partie du savoir-faire français qui quitte le territoire ».
Dans la Défense, les rapports IEF montrent un taux de conditions imposées nettement supérieur à la moyenne. Mais même là, les failles sont nombreuses. Le rachat d’Exxelia par l’américain Heico en 2023, malgré l’intervention de l’État, a transféré à un groupe étranger un savoir-faire critique dans les composants électroniques pour l’aéronautique, le spatial et les missiles. Bercy affirme avoir imposé des garanties pour préserver ce savoir-faire, mais l’entreprise est désormais soumise aux normes ITAR, donc concrètement sous contrôle strict à l’export de la part de Washington.
Dans un registre encore plus sensible, l’affaire Segault a révélé une ligne rouge que le gouvernement a finalement accepté de défendre : cette PME fabrique des vannes pour les chaufferies nucléaires des sous-marins français.
La navigation à vue de Macron
Son rachat par Flowserve a finalement été bloqué par le ministère des Armées. Mais quelques mois plus tard, le même groupe américain a été autorisé à reprendre Velan, autre fournisseur de robinetterie industrielle utilisée dans le nucléaire, dans une relative indifférence. La frontière entre ce qui est vraiment « vital » et ce qui ne l’est pas reste extraordinairement floue.
Dans les télécoms et les semi-conducteurs, les pertes de souveraineté sont plus discrètes, mais tout aussi profondes. La fusion Alcatel-Lucent/Nokia en 2016, soutenue à l’époque par Emmanuel Macron, a entraîné une érosion progressive des capacités françaises dans les équipements de réseaux. Les engagements de maintien de l’emploi ont rapidement été contredits par des restructurations massives. Aujourd’hui, ce sont des acteurs nordiques ou chinois qui fournissent les technologies d’accès mobile critiques, même si l’État a racheté à Nokia 80 % du capital d’Alcatel Submarine Network (ASN) en 2024.
Même revirement de la part de Macron dans l’affaire Alstom. Ministre de l’Économie de François Hollande, il avait appuyé la vente de la branche énergie du groupe à General Electric en 2015. Président de la République, il a lancé en 2022 le rachat par EDF de l’entreprise qui fabrique les turbines Arabelle, équipant centrales nucléaires, sous-marins et le porte-avion Charles de Gaulle. Un dossier encore au point mort, bloqué par Washington.
Navigation à vue ? L’affaire Ommic est révélatrice. Ce fabricant de semi-conducteurs en nitrure de gallium (GaN) – utilisés dans le spatial, la 5G et les radars militaires – avait vu entrer des investisseurs chinois en 2018-2019, déclenchant une enquête de la DGSI.
Inflation de dossiers IEF
En 2023, l’entreprise a finalement été rachetée par l’américain MACOM. Un cas d’école de perte de contrôle technologique dans un domaine critique. L’affaire Linxens en 2018 a renforcé ce sentiment : ce spécialiste des connecteurs de cartes SIM et bancaires est passé sous pavillon chinois sans réelle résistance.
En 2022, c’est la branche de terminaux de paiement d’Ingenico, dotée de fortes compétences en cryptologie, qui a été vendue à un fonds américain. Chacune de ces opérations a été autorisée, souvent sous conditions, mais l’effet cumulatif est limpide : la France ne maîtrise plus plusieurs maillons essentiels de ses infrastructures numériques et financières.
Pourtant, Paris dispose de tous les outils pour préserver ses actifs stratégiques, avec notamment l’IEF, déjà évoqué. Cette politique de contrôle des investissements étrangers en France, régie par le décret Montebourg de 2014, a été plusieurs fois renforcée (2019, 2020, 2024). Elle vise à protéger les actifs stratégiques tout en maintenant l’attractivité économique et s’appuie sur un filtrage préalable pour les secteurs sensibles (défense, énergie, santé, tech, etc.), avec des autorisations simples, conditionnelles ou des vetos. Là où l’on comptait un peu plus d’une centaine de dossiers en 2014, Bercy a dû en examiner près de 325 en 2022, 309 en 2023 et jusqu’à 392 en 2024.
Sur les 182 investissements étrangers jugés suffisamment sensibles pour entrer dans le champ du contrôle en 2024, 99 ont été autorisés sous conditions, soit 54 % des autorisations, en forte hausse par rapport aux 44 % de 2023.
Contrôle des actifs stratégiques… au doigt mouillé.
Seulement voilà, les cas d’Alstom ou d’Alcatel l’ont démontré, ces « promesses n’engagent que ceux qui y croient », selon le mot prêté à Jacques Chirac. En trois ans, seuls six projets ont été officiellement refusés. Dans le même temps, 65 % des investisseurs ultimes restent non européens, majoritairement américains, asiatiques, britanniques ou suisses.
On le constate pourtant, l’IEF agit au doigt mouillé, parfois sous pressions politique et médiatique. On se souvient que Photonis, leader mondial de l’optronique militaire, devait être vendu à l’américain Teledyne en 2020, avant que l’État n’oppose l’un de ses rares vetos, en réaction à une fronde parlementaire. Un manque de vision qui étonne quand on se souvient que l’État s’appuie sur le SISSE (Service de l’Information Stratégique et de la Sécurité Économiques), qui détecte les menaces et coordonne la riposte française, et sur la Direction du renseignement et de la sécurité de la défense (DRSD), dont la mission consiste à « déceler puis entraver les menaces visant les armées et les entreprises en lien avec la défense ».
Alors que la France contrôle plus d’acquisitions que les États-Unis, c’est l’absence de cohérence qui frappe à l’étude de ce rapide florilège (et des nombreux cas que nous n’avons pu citer ici). Souveraineté nationale ou européenne, doctrine industrielle et de défense ou simple logique comptable, là où Pékin et Washington tracent la ligne claire de leurs intérêts stratégiques, Paris louvoie entre passivité et rares coups de menton virils.
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Guillaume Poupard quitte Docaposte pour piloter la stratégie de souveraineté d’Orange
Orange a annoncé, le 11 décembre 2025, la nomination de Guillaume Poupard, ancien directeur général de l’Anssi (2014-2022), en tant que « Chief Trust Officer », à compter du 1er février 2026. Ce poste nouvellement créé, directement rattaché à la DG du groupe Christel Heydeman, aura en charge la stratégie de souveraineté et de confiance numérique de l’opérateur.
Dans ce rôle, Guillaume Poupard, actuel DG adjoint de Docaposte, doit contribuer au développement d’offres dans la cybersécurité, le cloud et l’IA. Il collaborera dans cette mission avec les équipes d’Orange Business – qui dispose déjà de son propre Chief Trust Officer – et d’Orange Cyberdefense.
Figure reconnue de la cybersécurité française, Guillaume Poupard aura notamment en charge l’épineux dossier de Bleu. Cette coentreprise entre Capgemini, Orange et Microsoft distribue les offres cloud du géant du net dans un cadre « souverain » et postule à la certification SecNumCloud de l’Anssi.
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Cloud souverain : NumSpot veut étendre son offre au-delà des secteurs régulés
NumSpot, fournisseur de cloud né de l’alliance entre Docaposte, Bouygues Telecom, Dassault Systèmes et la Banque des Territoires, a annoncé, le 10 décembre 2025, un repositionnement stratégique. Les offres de l’opérateur, associant souveraineté et haut niveau de sécurité, ciblaient initialement les secteurs régulés – santé, finance, administration publique, OSE/OIV. Mais NumSpot entend désormais s’étendre au-delà de cette sphère.
Cette évolution reflète la montée en puissance des enjeux de sécurité et de souveraineté sur le marché du cloud. « Même les entreprises privées disposent aujourd’hui de périmètres très sensibles : modèles d’IA internes, données métier critiques… Elles utilisent des hyperscalers, mais pour certains usages, elles ont besoin d’un niveau de confiance plus élevé », détaille Eric Haddad, président de NumSpot.
Le groupe entend donc se positionner comme une brique souveraine et sécurisée dans les architectures multicloud. « En fonction d’un projet, le client peut utiliser NumSpot pour un périmètre sensible, et continuer d’utiliser d’autres clouds pour le reste », indique Eric Haddad.
Entré dans la dernière phase de la qualification SecNumCloud, NumSpot espère obtenir la certification de l’Anssi début 2026.
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Cyber Panorama : un nouveau cap pour la souveraineté numérique française
Dans un contexte où les organisations cherchent à reprendre la main sur leurs infrastructures numériques, le CESIN et Hexatrust dévoilent un outil conçu pour clarifier un marché devenu difficile à lire. Leur Cyber Panorama, rendu public le 9 décembre 2025, synthétise plus de 300 solutions européennes de cybersécurité et offre une vision structurée de l’écosystème souverain.
Pensé comme un guide opérationnel, ce radar classe les solutions selon les six fonctions du NIST Cybersecurity Framework — de la gouvernance à la récupération — afin d’aider entreprises et administrations à repérer rapidement des alternatives européennes fiables. L’objectif est également d’éviter un enfermement technologique dans des plateformes intégrées difficiles à quitter, un risque déjà bien connu des équipes IT.
Le panorama met en avant des solutions capables de fonctionner en mode hybride ou on-premise, et inclut notamment les cloud de confiance ainsi que les digital workplaces. Les services, trop nombreux, ont été volontairement exclus. Les deux organisations appellent par ailleurs à orienter 15 % des investissements technologiques vers des solutions souveraines pour accélérer la transition. Une version interactive, mise à jour en continu, est déjà prévue.

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OVHcloud lance sa Quantum Platform dans le cloud européen
La Cyber Task Force fait le point sur la qualification SecNumCloud
La Cyber Task Force, un collectif d’acteurs français du numérique, a publié, le 3 décembre 2025, la première édition de son Observatoire SecNumCloud, un rapport consacré au certificat de l’Anssi. Elle rappelle qu’en vertu de la doctrine « Cloud au centre » de l’État français, cette qualification est indispensable pour qu’un service cloud puisse traiter des données très sensibles en France.
La certification SecNumCloud garantit notamment une sécurisation maximale des données et une imperméabilité aux lois extraterritoriales comme le CLOUD Act américain. L’Observatoire SecNumCloud a pour objectif de mieux la faire connaître aux organisations amenées à choisir un prestataire cloud.
Le rapport détaille ainsi ses objectifs, son fonctionnement et son utilité. Il propose aussi une liste exhaustive des offres déjà qualifiées et de celles en cours de certification. Six prestataires IaaS disposent actuellement du sésame de l’Anssi : Cegedim, Cloud Temple, OVHcloud, Orange Business, Outscale et Worldline.
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Une vision originale des enjeux de souveraineté, par le fondateur de Souveraine Tech, Bertrand Leblanc-Barbedienne
Bertrand Leblanc-Barbedienne aborde la souveraineté numérique sans détours : dépendances massives au cloud américain, illusions des solutions “hybrides”, enjeux de données de santé, perte de capacité d’action… Le fondateur du média Souveraine Tech insiste sur l’urgence d’une vision politique et d’un choix clair de modèles techniques réellement souverains. L’entretien revient aussi sur le troisième colloque Souveraine Tech à Saint-Malo, marqué par une réflexion approfondie sur l’esprit de défense et le rôle de la nation.
Écouter l’épisode sur la plateforme de son choix : https://smartlink.ausha.co/incyber-voices/vision-originale-enjeux-de-souverainete-par-fondateur-du-media-souveraine-tech-bertrand-leblanc
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Douze entreprises s’allient pour la souveraineté numérique de l’Union européenne
Fin novembre 2025, douze acteurs IT européens ont annoncé la création de l’ESTIA (European Sovereign Tech Industry Alliance), une association visant à renforcer la souveraineté numérique de l’UE. Parmi ces douze membres fondateurs figurent quatre sociétés françaises – Dassault Systèmes, Orange, OVHcloud et Sopra Steria –, trois allemandes, ainsi que le groupe paneuropéen Airbus.
L’alliance s’est fixé deux priorités : la première est d’établir une définition claire du « cloud européen souverain ». La question est aussi stratégique que polémique. Les Vingt-Sept n’ont toujours pas trouvé d’accord sur le sujet dans le cadre de l’EUCS, le schéma européen de certification des services cloud. La France défend une vision stricte de la souveraineté, interdisant toute forme d’ingérence étrangère ; l’Allemagne et les Pays-Bas préfèrent une approche plus souple.
La seconde priorité de l’ESTIA consiste à promouvoir une politique d’achat public qui privilégie les clouds européens pour les données sensibles. Dassault Systèmes y voit « une condition préalable à la compétitivité et à la sécurité européennes ».
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Google va fournir à l’Otan une solution de cloud souverain isolé d’Internet
Google Cloud a annoncé, le 24 novembre 2025, la signature d’un contrat avec l’Agence de communication et d’information de l’Otan (NCIA) pour déployer une solution de cloud souverain hautement sécurisé. Ce contrat, d’un montant de plusieurs millions de dollars, concerne le Joint Analysis, Training and Education Centre (JATEC), une organisation civilo-militaire gérée conjointement par l’Otan et l’Ukraine, créée en février 2025.
Le JATEC bénéficiera d’une solution Google Distributed Cloud « air-gapped », aux environnements totalement isolés, dépourvus de tout accès à Internet. Cette déconnexion permet d’écarter à la fois les risques liés aux réseaux publics et toute intrusion motivée par les lois extraterritoriales qui s’imposent à Google. Une fois l’infrastructure déployée, le géant du Net n’aura ainsi accès « ni au hardware ni aux données ».
Le contrat prévoit également la fourniture d’outils analytiques et d’IA avancée, notamment Gemini. Ces technologies devraient permettre au JATEC « de détecter plus rapidement les menaces, d’optimiser la prise de décision et d’améliorer la préparation opérationnelle ».
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Géopatriation numérique : le cloud souverain gagne du terrain
La dépendance technologique des acteurs européens vis-à-vis des fournisseurs américains de cloud est devenue une préoccupation majeure. Selon une étude du CIGREF parue en avril dernier, 80 % du total des dépenses liées aux logiciels et services cloud à usage professionnel en Europe sont attribuées à des entreprises américaines, ce qui représente un volume d’affaires de 265 milliards d’euros. Ces dépenses représentent aux États-Unis environ deux millions d’emplois directs, indirects et induits. L’étude se projette également sur des scénarios d’avenir. Si, en 2035, 15 % de ces dépenses étaient retenues au sein de l’économie européenne, elles entraîneraient la création d’environ 500 000 emplois directs, indirects et induits sur le sol européen.
L’étude du CIGREF souligne également que cette situation expose les entreprises européennes à des risques géopolitiques importants, notamment en raison des législations extraterritoriales telles que le Cloud Act ou le FISA (Foreign Intelligence Surveillance Act) qui permettent une ingérence directe dans les données hébergées sur le sol européen. « La guerre commerciale déclenchée par le président Trump se concentre à ce stade sur les échanges de marchandises, pour lesquelles les États-Unis présentent un déficit commercial élevé. Pourtant, les tensions pourraient s’étendre aux échanges de services numériques. Les États-Unis, en menaçant l’Europe de réduire la fourniture de services de cloud-logiciel, disposeraient d’un levier puissant pour contraindre les Européens à accepter leurs conditions commerciales. Ainsi, l’émergence d’un secteur du cloud-logiciel en Europe autonome par rapport aux technologies américaines renforcerait l’indépendance du continent », déclarent les auteurs de l’étude.
Hors États-Unis, les entreprises se dotent d’une stratégie explicite de souveraineté numérique
Face à ce constat, les directions informatiques européennes semblent avoir compris le message, engageant un mouvement de « géopatriation numérique ». Cela signifie qu’elles amorcent un recentrage stratégique vers des fournisseurs de cloud souverain européens. Une étude publiée par le cabinet Gartner à l’été 2025 révèle ainsi que 61 % des DSI en Europe de l’Ouest prévoient d’augmenter leur recours aux fournisseurs de cloud locaux. L’objectif ? Réduire leur exposition aux risques géopolitiques et mieux maîtriser leurs infrastructures critiques. « Le transfert des charges de travail vers des fournisseurs affichant une souveraineté accrue peut aider les DSI à mieux contrôler la localisation des données, la conformité et la gouvernance. Ce contrôle accru peut améliorer la conformité aux réglementations locales et renforcer la confiance des clients soucieux de la confidentialité des données ou des intérêts nationaux », commente Gene Alvarez, Distinguished VP Analyst chez Gartner.
La même étude projette qu’à horizon 2030, près de 75 % des entreprises situées hors des États-Unis se seront dotées d’une stratégie explicite de souveraineté numérique intégrant le recours à un cloud régionalisé ou souverain. Les dirigeants valorisent désormais la localisation, l’origine des fournisseurs ainsi que la capacité à échapper à des injonctions étrangères au même niveau que la performance technologique ou le catalogue de services disponibles.
Les projets d’IA basculent eux aussi vers du cloud souverain
Un autre rapport, publié cette fois par IDC pour le compte de Broadcom, renforce ces observations. L’étude, qui se concentre sur l’impact de l’IA sur l’utilisation du cloud (qu’il soit souverain ou non), affirme que 84 % des organisations européennes utilisant le cloud ont déjà adopté des solutions de cloud souverain ou prévoient de le faire. Selon IDC, les trois principaux facteurs expliquant ce pourcentage élevé sont le renforcement de la cybersécurité, l’utilisation accrue du cloud et la conformité aux réglementations sectorielles. « Au-delà de ces facteurs, l’Union européenne s’efforce de parvenir à l’indépendance numérique vis-à-vis des fournisseurs de services cloud non européens. Elle souhaite également s’appuyer sur ses propres ressources afin de se présenter comme un acteur plus puissant sur la scène numérique mondiale, avec ses propres fournisseurs de cloud, plateformes, services et infrastructures », note Rahiel Nasir, Research Director, European Cloud Practice, chez IDC.
Lors du Sommet sur la souveraineté numérique européenne, qui s’est tenu le 18 novembre dernier à Berlin, Emmanuel Macron et le Chancelier allemand Friedrich Merz ont rappelé que l’UE devait mettre en place de toute urgence une architecture européenne unifiée et résiliente de gouvernance des données. L’objectif est triple : sauvegarder et protéger les données les plus sensibles, favoriser la compétitivité économique et préserver l’autonomie stratégique de l’Union dans l’écosystème numérique mondial. « Il faudra à cet effet une proposition de cadre pour la souveraineté des données et la définition de normes de protection extrêmement strictes pour les données les plus sensibles, notamment des normes adéquates pour protéger les données face aux risques relevant de la cybersécurité, en particulier les effets de législations extraterritoriales adoptées hors de l’UE et l’utilisation obligatoire de technologies protégeant mieux la vie privée, s’approchant au plus près du cadre européen de la cybersécurité », ont rappelé les deux dirigeants à cette occasion.
L’open source au cœur des enjeux
Cette mutation stratégique va souvent de pair avec le choix de technologies ouvertes. L’étude du cabinet Gartner souligne ainsi que 55 % des répondants font de l’usage de technologies open source un critère structurant de leur stratégie cloud, une tendance qui illustre la volonté de reprendre la main sur la chaîne de valeur technologique.
Pour illustrer cette tendance de fond, l’EuroStack Initiative Foundation, lancée fin 2025, vise à reprendre et concrétiser l’ambition initiale de Gaia-X en proposant une feuille de route plus opérationnelle. En mettant l’accent sur l’open source et la collaboration d’un écosystème basé sur des projets réellement déployables, elle cherche à construire une alternative crédible et souveraine aux hyperscalers non-européens. En un mot, elle ambitionne de bâtir une « Sovereign Cloud Stack », c’est-à-dire une pile technologique cloud ouverte et interopérable qui respectera les standards et règles de souveraineté européenne.
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Thales et Dassault Aviation vont développer une IA souveraine pour les opérations aériennes de défense
Thales et Dassault Aviation ont annoncé, le 25 novembre 2025, la signature d’un partenariat visant à développer une IA souveraine pour les systèmes aéronautiques de défense. Thales va mettre son accélérateur d’intelligence artificielle « cortAIx » au service des futurs systèmes de Dassault Aviation, comprenant notamment avions de combat, drones et plateformes collaboratives.
Ce partenariat s’appliquera à l’ensemble des fonctions nécessaires à la conduite d’opérations aériennes modernes, notamment :
- l’observation et l’exploitation des données multi-capteurs ;
- l’analyse de la situation opérationnelle en temps réel ;
- l’aide algorithmique à la prise de décision ;
- la planification tactique.
Les modèles d’IA devront aussi faciliter la circulation en temps réel des informations entre avions de chasse, drones et plateformes de commandement. Selon les deux entreprises, ces innovations respecteront l’AI Act de l’UE et s’appuieront sur « la supervision humaine, la fiabilité, la traçabilité des décisions et la conformité aux principes éthiques appliqués aux systèmes de défense ».
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URGENT L’UE voudrait faire passer Chat Control en force
L’UE continue de pousser le projet dit « Chat Control », un dispositif permettant le scannage des chats privés de 450 millions de citoyens européens, y compris les conversations cryptées. La mesure avait été repoussée par les États membres mi-octobre, mais elle revient discrètement à l’agenda européen. Le projet doit être présenté mercredi 26 novembre à la réunion des ambassadeurs de l’UE. Selon l’eurodéputé Martin Sonneborn, cité par le Berliner Zeitung, (Dei Partei en Allemagne, non inscrit au PE), il devrait être validé « sans discussion ».
INCYBER avait longuement analysé les enjeux de ce texte controversé, approuvé par la France, mais rejeté par neuf États membres, dont l’Allemagne. Si elle était vérifiée, l’absence de transparence démocratique dans le processus décisionnel lié au projet officiellement dénommé CSAM, pour Child Sexual Abuse Material (contenus pédopornographiques) poserait de sérieuses questions sur la dérive de l’UE que nous pointions dans nos colonnes.
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L’Europe muscle enfin sa riposte technologique
L’ annonce pourrait marquer un tournant dans la longue bataille pour l’autonomie numérique européenne. Onze acteurs majeurs du secteur, d’Airbus à OVHcloud, ont scellé la création d’Estia, une alliance industrielle chargée de poser les fondations d’un cloud véritablement souverain. Derrière ce sigle encore discret se cache une ambition claire : obtenir une définition juridique contraignante du cloud souverain dans le futur Cloud and AI Development Act, et couper court aux dépendances critiques envers les géants américains et chinois.
L’initiative bénéficie d’un appui politique rare. À Berlin, Emmanuel Macron et le chancelier Friedrich Merz ont affiché une unité peu habituelle, dénonçant le risque de voir l’Europe reléguée au rang de simple cliente du numérique mondial. Les deux dirigeants défendent un rééquilibrage entre innovation et règlementation, jusqu’à évoquer la nécessité d’alléger — temporairement — certaines dispositions de l’AI Act et de moderniser un RGPD jugé trop rigide face à la compétition internationale.
La promesse de 12 milliards d’euros d’investissements annonce un sursaut, même si l’écart reste immense avec les mastodontes américains et chinois. Pour Paris, cet effort doit s’élever à plusieurs centaines de milliards si l’Europe veut vraiment peser dans le jeu. Reste à voir si cette alliance inédite saura transformer l’élan politique et industriel en un modèle opérationnel capable de redonner au continent la maîtrise de ses données — et, peut-être, de son destin numérique.
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Souveraineté cloud : comment Berlin et Paris tentent de tracer une ligne européenne
La pandémie de Covid-19 a accéléré le processus. Beaucoup d’États ont compris à quel point les chaînes d’approvisionnement et les processus administratifs sont vulnérables lorsque des infrastructures centrales sont dominées par des fournisseurs non européens. La lettre ouverte des chefs de gouvernement d’Allemagne, du Danemark, d’Estonie et de Finlande en 2021, appelant à une souveraineté numérique européenne, a souligné cette inquiétude. Ils réclamaient des services numériques développés dans l’Union européenne, des espaces de données robustes, une modernisation de l’administration et des marchés ouverts sans perdre la capacité d’agir. Cette vision constitue le cadre stratégique dans lequel l’Allemagne et la France mènent leur dialogue actuel.
Point de vue et développements allemands
La discussion sur l’autodétermination numérique repose sur la prise de conscience de la forte dépendance des administrations et entreprises allemandes envers les plateformes mondiales. Une analyse lucide de ces dépendances a façonné le discours à Berlin. Claudia Plattner, présidente de l’Office fédéral pour la sécurité informatique, décrit la souveraineté numérique comme une « liberté de décision » et précise que les produits européens doivent rivaliser avec les solutions internationales. Parallèlement, elle demande que les technologies étrangères soient sécurisées de manière à ce que « les données restent souveraines ».
Lorsque l’office fédéral a présenté sa coopération avec Amazon pour une solution cloud européenne, elle a déclaré être « très heureuse » « d’accompagner de manière constructive » la création d’un cloud souverain, car cet engagement renforce la sécurité européenne. L’ancien ministre de l’Intérieur, Horst Seehofer, a indiqué que le gouvernement souhaitait « réduire la dépendance à l’égard de certains fournisseurs informatiques » et a ajouté qu’il examinait des programmes alternatifs pour remplacer les logiciels propriétaires standards. Le juriste Dennis Kenji Kipker, directeur scientifique d’un institut d’intelligence cyber, a lui averti que « régional plutôt que global est devenu le credo de notre décennie » et a appelé à reconquérir la souveraineté numérique perdue afin d’éviter que l’économie et l’informatique européennes ne deviennent vulnérables au chantage.
De telles positions reflètent une ligne allemande fondée sur des contrôles techniques, des concepts d’accès stricts, une gestion cryptographique des clés et des processus auditables. Parallèlement, une enquête du fournisseur de sécurité Myra montre que plus de quatre-vingts pour cent des personnes interrogées souhaitent des solutions européennes pour les infrastructures critiques, alors qu’un quart seulement utilise effectivement des offres cloud européennes (https://www.myrasecurity.com/de/news/myra-security-studie-zum-stand-der-digitalen-souveraenitaet). Deux tiers des répondants seraient prêts à changer si performance et sécurité étaient comparables. L’écart entre souhait et pratique souligne les défis auxquels entreprises et autorités sont confrontées lorsqu’elles envisagent de se détourner des fournisseurs américains établis.
Approche et débat français
La France adopte une interprétation restrictive de la souveraineté, fondée sur l’indépendance juridique et une séparation nette d’avec les juridictions non européennes. « La souveraineté numérique de l’Europe est intimement liée à sa capacité à maîtriser ses dépendances sur le marché du cloud », déclare Bernard Duverneuil, ancien président du Cigref et figure de proue des utilisateurs français de l’informatique. Il ancre la souveraineté dans des dépendances maîtrisables et dans une politique de demande orientée par les utilisateurs. L’agence nationale de sécurité informatique, l’ANSSI, ne certifie avec SecNumCloud que les offres dont la gestion et les données relèvent entièrement du contrôle européen. Bruno Le Maire, alors ministre français de l’Économie, déclara lors de la présentation de GAIA-X : « We are not China, we are not the United States – we are European countries with our own values. » Il positionne Paris depuis des années comme moteur d’une ligne de souveraineté stricte.
Le député Philippe Latombe a mis en garde : Berlin diluerait la ligne souveraine et échangerait une dépendance au gaz russe contre une dépendance aux entreprises numériques américaines. Il doutait de la souveraineté des clouds américains et affirmait que le cloud AWS ne pouvait pas être souverain puisqu’il est soumis au droit américain.
Agnès Pannier-Runacher, ancienne ministre de l’Industrie et de l’Énergie, a elle comparé l’attachement aux services américains à une « drogue douce », dont l’utilisation rend dépendant. Josep Borrell (depuis 2019 représentant de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité) et Thierry Breton (commissaire européen au marché intérieur et à l’industrie de 2019 à 2024) ont déclaré que l’époque d’une attitude « conciliatrice, voire naïve » était révolue et ont souligné la nécessité de capacités technologiques propres. Lise Fuhr (directrice générale de l’Association européenne des opérateurs de télécommunications, ETNO, depuis 2016) appelle à la modération et souligne que l’ambition de leadership numérique ne doit pas se transformer en opposition binaire. Le discours français oscille ainsi entre repli et coopération étroite avec des partenaires.
Cloud souverain : rapprochement et projets communs
Après des années de divergences, Berlin et Paris recherchent un terrain d’entente. Les deux gouvernements ont présenté à la fin de l’été 2025 un programme économique commun et annoncé un sommet consacré à la souveraineté numérique en novembre. L’agenda prévoit de sécuriser ensemble les données hautement sensibles, de discuter ouvertement des lois extraterritoriales telles que le Cloud Act américain et d’harmoniser leurs certifications de sécurité. Un autre axe porte sur l’alignement des environnements numériques de travail, où la « Suite numérique » française et l’« openDesk » allemand dans le secteur public devraient converger. Plus largement, les deux États envisagent de présenter à la Commission européenne une position commune sur la réforme des cadres juridiques de l’intelligence artificielle, de la cybersécurité et de l’économie des données.
Par ailleurs, Paris et Berlin conviennent d’investir conjointement dans la recherche et l’industrie. Le plan prévoit des projets liés dans les domaines de l’intelligence artificielle, du calcul quantique et des infrastructures spatiales. La coopération vise non seulement à combler des lacunes technologiques, mais aussi à signaler que l’Europe souhaite développer collectivement ses technologies clés plutôt que de les importer de pays tiers. La mise en commun de plateformes logicielles publiques, comme pour les solutions d’e-administration, figure également à l’ordre du jour. L’objectif est de faciliter les processus administratifs transfrontaliers grâce à des outils et des interfaces partagés et de lancer une dynamique d’usage à l’échelle européenne.
Cette nouvelle dynamique s’inscrit dans la continuité d’anciennes revendications. En mars 2021, Angela Merkel, Mette Frederiksen, Kaja Kallas et Sanna Marin ont écrit une lettre ouverte appelant à une souveraineté numérique européenne et déclarant : « Maintenant, il est temps que l’Europe devienne numériquement souveraine. » Elles réclamaient un véritable marché unique numérique, des infrastructures stables et une modernisation cohérente de l’administration. L’initiative d’alors se concrétise aujourd’hui. Le sommet prévu doit offrir un forum aux gouvernements, entreprises et chercheurs pour présenter des projets et mutualiser les investissements. L’espoir est qu’une ligne franco-allemande coordonnée ouvre la voie à une politique numérique européenne et serve de repère aux petits États membres.
SAP et l’économie comme catalyseurs
Le marché impulse ce changement. SAP, poids lourd de l’industrie logicielle européenne, a affiné sa stratégie. L’entreprise coopère avec Amazon Web Services et prévoit de proposer son « Sovereign Cloud » sur l’infrastructure AWS européenne. David Brown, vice-président en charge du calcul et du machine learning chez AWS, s’est réjoui de cette perspective et a souligné que les fonctionnalités de la SAP Sovereign Cloud seraient disponibles sur le cloud AWS européen ; cette offre donnerait aux organisations davantage de possibilités pour répondre à leurs exigences de souveraineté tout en utilisant des technologies cloud de pointe. Thomas Saueressig, membre du directoire responsable des services clients et de la livraison, a indiqué que le portefeuille élargi permettrait aux entreprises de tous les secteurs de tirer parti de « toute la puissance de l’innovation cloud et de l’IA » et a fait le pronostic que le leadership européen dans la prochaine ère dépendrait de l’efficacité avec laquelle l’intelligence artificielle serait utilisée dans des scénarios sectoriels. Martin Merz, président de la division SAP Sovereign Cloud, a souligné le lien entre disponibilité et sécurité et affirmé que la résilience numérique de l’Europe dépendait d’une souveraineté sûre, évolutive et prête pour l’avenir.
Le fondement technique de cette initiative comprend des centres de données en Europe, une séparation claire entre niveaux opérationnels et de contrôle, des clés de chiffrement gérées en Europe et l’utilisation de modèles d’IA européens. En France, SAP construit une plateforme dédiée avec Bleu, coentreprise d’Orange et de Capgemini, et en Allemagne l’entreprise collabore avec Delos Cloud, coentreprise de Google et de Deutsche Telekom. À côté de ces coopérations, des fournisseurs allemands comme T-Systems investissent dans leurs propres offres « Sovereign Cloud ». Cette diversité reflète un courant pragmatique où les valeurs européennes se mêlent à l’infrastructure mondiale. Elle montre comment le marché recherche un équilibre entre autonomie et compétitivité. L’économie fixe ainsi des impulsions auxquelles les gouvernements doivent répondre.
Contexte réglementaire et dynamique politique
Ce rapprochement s’effectue dans un environnement réglementaire dense. Le Cybersecurity Act européen constitue la base du schéma de certification EUCS, qui doit définir en plusieurs niveaux la sécurité et la souveraineté des services cloud. La France insiste pour que le niveau le plus élevé soit réservé aux fournisseurs totalement immunisés contre les accès juridiques extra-européens. L’Allemagne privilégie une solution modulaire où les mesures techniques et organisationnelles sont déterminantes et où l’immunité juridique, bien que souhaitable, n’est pas indispensable. Les organisations professionnelles réclament de la visibilité et veulent savoir si elles devront se confronter au Cloud Act américain et au FISA Court ou si les contrats nationaux, le chiffrement et la gestion des clés seront considérés comme des mécanismes de protection suffisants.
Borrell et Breton ont rappelé que la force réglementaire de l’Europe ne suffit pas à assurer l’indépendance numérique et ont répété que « l’époque d’une attitude conciliante, voire naïve » est révolue. Des parlementaires français comme Latombe affirment que sans immunité juridique il n’y a pas d’autonomie réelle. Des représentants allemands invoquent la réalité des marchés mondiaux et avancent que des contrôles techniques vérifiables et des modèles d’exploitation européens sont la réponse praticable.
La réunion de novembre, au cours de laquelle les États membres prévoient de décider du schéma EUCS, deviendra donc un test pour ces positions. Parallèlement, d’autres cadres réglementaires entrent en application, dont la nouvelle directive NIS2, le Data Governance Act et le futur règlement sur l’IA, destinés à façonner un espace européen des données « human-centric ». Au niveau national, l’Allemagne dispose du catalogue C5 et la France du SecNumCloud. Les deux pourraient être intégrés à l’EUCS. L’issue de ce débat déterminera la manière dont les fournisseurs internationaux pourront opérer et la sévérité des exigences nationales futures.
Dimensions techniques de la souveraineté
L’appel à la souveraineté découle d’exigences techniques concrètes. Les plateformes souveraines doivent séparer strictement les couches physiques, administratives et data. Les accès administratifs doivent être multifactoriels et auditables. La gestion des clés doit rester entre les mains des clients ou de fiduciaires européens. La résidence des données doit englober le stockage des contenus, métadonnées et journaux au sein de l’espace juridique européen. Le support et la maintenance ne doivent pas quitter cet espace. De telles exigences constituent la base des certifications comme SecNumCloud en France, les critères C5 en Allemagne et le schéma EUCS en cours d’élaboration.
Les standards ne suffisent pas. Des projets tels que GAIA-X, Euro-Stack ou le Deutschland-Stack travaillent sur des architectures fédérées à interfaces ouvertes, censées concilier performance, portabilité et autonomie. Leurs concepts reposent sur des interfaces de programmation ouvertes, une gestion fédérée des identités et la possibilité de déplacer données et charges de travail sans verrou propriétaire. En parallèle, la technologie cloud reste globalement interconnectée. L’orchestration de conteneurs, les pratiques DevSecOps et les services d’IA naissent souvent de coopérations transatlantiques. Le défi consiste à concilier les exigences européennes — de la souveraineté des données à la réversibilité — avec ce flux d’innovation.
La souveraineté technique ne concerne pas seulement les plateformes cloud, mais aussi les couches matérielles sous-jacentes et les espaces de données. Avec la European Processor Initiative, l’Union investit dans ses propres architectures de processeurs, basées sur des jeux d’instructions ouverts tels que RISC-V, destinées aux supercalculateurs et aux appareils edge. Le programme EuroHPC construit une flotte de superordinateurs, destinée à faire progresser l’intelligence artificielle, les modèles climatiques et les sciences des matériaux en Europe. Des puces et réseaux développés en Europe y sont utilisés pour la première fois. « Without chips, no digital transition, no green transition, no technological leadership », a déclaré Thierry Breton lors de la présentation du Chips Act. Cela relie politique industrielle et souveraineté et soutient la revendication d’une profondeur de fabrication européenne. En parallèle, des espaces de données fédérés tels que Catena-X dans l’automobile ou Health-X dans le domaine médical voient le jour, permettant des échanges de données fiables grâce à des protocoles et standards sémantiques uniformes. Dans le cadre d’eIDAS 2, l’UE travaille aussi sur une identité numérique européenne, utilisable par les citoyens et entreprises au-delà des frontières nationales. Ces initiatives montrent que la souveraineté exige une architecture continue, du matériel jusqu’aux couches virtuelles et à la gestion des identités.
Lise Fuhr avertit que la volonté de leadership ne doit pas se traduire par un repli. L’ouverture aux partenaires internationaux reste un principe central, et l’objectif est un écosystème équilibré où les fournisseurs européens prospèrent et les acteurs internationaux respectent les règles européennes. La souveraineté technique ne signifie donc pas isolement, mais création d’infrastructures robustes capables de résister à la concurrence mondiale tout en respectant les normes juridiques européennes.
Résonance sociétale et dynamiques de marché
Le débat ne se limite plus aux ministères et aux conseils d’administration. À Berlin, l’organisation à but non lucratif Topio mène un projet aidant à libérer smartphones et ordinateurs portables des grandes plateformes américaines. Son fondateur, Michael Wirths, explique : « Il s’agit de la concentration du pouvoir entre les mains des entreprises américaines » et raconte qu’aujourd’hui viennent non seulement des visiteurs technophiles mais de plus en plus « des personnes politiquement éveillées qui se sentent exposées ».
Christian Kroll, fondateur du moteur de recherche écologique Ecosia, adopte une position pragmatique et dit : « Plus la situation se dégrade, mieux c’est pour nous », car la demande de services locaux augmente. La régulatrice britannique d’internet, Maria Farrell, rapporte que de plus en plus de personnes qui n’avaient jamais réfléchi à la protection des données se demandent désormais si elles veulent encore utiliser des services américains. En même temps, l’activiste américain Bill Budington de l’Electronic Frontier Foundation avertit qu’il est presque impossible de se détacher complètement des technologies américaines, car des services essentiels comme les notifications push et la diffusion de contenus sont encore fournis par des acteurs américains. Le technologue Robin Berjon, directeur adjoint de la IPFS Foundation, résume en disant que le marché est « trop captif » et que sans régulation il n’existe pas de véritable alternative. Les voix de la société civile et du milieu entrepreneurial montrent à quel point l’exigence de souveraineté numérique est désormais ancrée et combien le chemin vers de vraies alternatives reste complexe.
Perspectives
Les prochains mois montreront si Berlin et Paris parviennent à une synthèse viable. Un accord franco-allemand autour d’un modèle combinant exigences strictes en matière de protection des données et de droit avec des solutions techniques flexibles pourrait devenir un modèle pour l’ensemble de l’UE. Sans consensus de ce type, un patchwork de règles et certifications nationales risque d’émerger, freinant les investissements et créant de nouvelles dépendances. En parallèle, la réorientation de SAP montre que l’industrie est prête à associer valeurs européennes et infrastructure mondiale. Claudia Plattner rappelle la nécessité de préserver des marges de décision et d’utiliser les technologies internationales de manière sécurisée.
D’autres questions se profilent déjà. Comment concevoir une infrastructure d’IA entraînée en Europe et représentant les langues européennes ? Comment développer la production européenne de semi-conducteurs pour que les composants critiques ne proviennent pas exclusivement d’Asie ? Et comment les petites et moyennes entreprises peuvent-elles profiter des services souverains sans perdre en compétitivité ? Ces questions concernent la politique éducative et scientifique autant que la politique industrielle. Les universités et centres de recherche explorent des moyens de développer des compétences en conception de semi-conducteurs, en calcul quantique et en développement d’IA. En parallèle, les écoles professionnelles et programmes de formation doivent former des spécialistes capables d’exploiter les services cloud et de construire des espaces de données.
Le contexte géopolitique demeure. Le débat sur le Cloud Act américain et le FISA Court montre combien les questions technologiques s’entrelacent avec la politique étrangère. Washington observe avec scepticisme les revendications européennes en matière de souveraineté et met en garde contre le protectionnisme. En même temps, des négociateurs européens tels que Lise Fuhr appellent à ne pas fermer les portes. La Chine, quant à elle, construit ses propres sphères numériques et attire les entreprises européennes avec des programmes d’investissement. Dans cette configuration multipolaire, Berlin et Paris doivent trouver une ligne équilibrant ouverture et protection.
Pour les utilisateurs industriels, la question est de savoir à quelle vitesse ils peuvent intégrer des services souverains sans perturber leurs opérations. Des études du Mittelstand montrent que le manque de ressources et des directives floues ralentissent l’introduction. Des programmes de financement et des modèles d’achat collectifs pourraient y remédier. L’attention se tourne également vers la Banque européenne d’investissement et le Sovereignty Fund prévu, destiné à financer recherche et infrastructures.
Ces réflexions montrent que l’autodétermination numérique n’est pas un projet purement technique. Elle exige leadership politique, investissements économiques, clarté juridique et acceptation sociale. Sans vision culturelle commune, toute solution technique restera un torse. Le rapprochement franco-allemand est une étape importante, mais il n’est qu’un des nombreux éléments du chemin vers un ordre numérique européen résilient.
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Avant de quitter Microsoft, bien évaluer les risques et bénéfices associés
Après le Schleswig-Holstein en 2023 et le Danemark en juin 2025, la ville de Lyon a lancé fin juin un plan de sortie des solutions Microsoft. L’objectif est de réduire la dépendance aux logiciels américains et de construire une souveraineté numérique locale. Deux chantiers structurent cette stratégie : le déploiement d’une suite collaborative libre, Territoire Numérique Ouvert (TNO), hébergée dans des datacenters régionaux et financée en partie par France Relance, et le remplacement progressif des outils Microsoft par des alternatives comme OnlyOffice, Linux ou PostgreSQL. Cette transition vise aussi à prolonger la durée de vie du matériel informatique, dans la continuité des orientations politiques locales.
Début juin 2025, le Danemark a également annoncé son intention de se passer de Microsoft, sur fond de tensions géopolitiques avec les États-Unis autour du Groenland et d’inquiétudes liées aux sanctions américaines contre la Cour pénale internationale, qui ont entraîné la coupure de la messagerie du procureur Karim Khan. Le pays a engagé une migration progressive vers Linux et LibreOffice au sein du ministère des Affaires numériques, ainsi que dans les grandes villes comme Copenhague et Aarhus, avec un objectif de bascule complète fin 2025.
Le mouvement a toutefois été initié en Allemagne. Le Schleswig-Holstein a décidé dès 2023 d’abandonner Microsoft et a finalisé en 2025 la migration de 40 000 comptes vers Open-Xchange et Thunderbird, ainsi que le remplacement de la suite Office par LibreOffice. Le Land prépare désormais la transition vers Linux et Nextcloud pour l’ensemble de ses services publics. Quant à la Commission européenne, elle envisage elle aussi de réduire sa dépendance, en étudiant une sortie progressive d’Azure au profit de fournisseurs cloud européens, en réponse aux alertes du Contrôleur européen de la protection des données. Aucune rupture immédiate n’est toutefois prévue, mais la question de la souveraineté numérique européenne est désormais clairement posée.
Limiter la concentration des fonctions critiques entre les mains d’un seul éditeur
Pour le DSI d’un grand opérateur d’infrastructures français, qui préfère garder l’anonymat, ces décisions ne relèvent pas d’une critique de l’entreprise Microsoft en tant que telle, mais de la gestion du niveau de dépendance que de nombreuses organisations ont laissé s’installer. « Si un acteur français occupait la même position, la problématique serait identique. Le point clé tient à la concentration des fonctions critiques entre les mains d’un seul fournisseur, dans un contexte où les usages évoluent rapidement, notamment en raison de la montée en puissance de l’IA générative », déclare-t-il.
Ce DSI voit trois facteurs majeurs à cette dépendance. « Windows et Windows Server sont présents dans la plupart des infrastructures. La suite Office est ancrée dans les usages, ce qui crée une inertie forte du côté des utilisateurs. Enfin, Active Directory occupe une place centrale dans la gestion des identités et la sécurité. Cette place dominante conduit mécaniquement à une dépendance structurelle que certaines organisations ne considèrent plus comme soutenable. Chercher à la réduire est un choix compréhensible, en particulier pour les acteurs confrontés à des enjeux de souveraineté ou de protection de l’information ».
Après Microsoft ? Une offre moins intégrée et parfois moins riche fonctionnellement
Quant à Christophe Borée, CEO de Lecko, il souligne que, depuis l’élection américaine de 2024, les choix technologiques sont davantage conditionnés par le contexte international. « Les collectivités et certaines organisations cherchent à réduire leur dépendance aux éditeurs américains, non par rejet de tel ou tel GAFAM, mais pour limiter les risques juridiques, géopolitiques et opérationnels liés au Cloud Act, au FISA ou à d’éventuelles décisions unilatérales, comme la coupure d’accès visant la CPI », note-t-il.
Mais quand la décision est prise de quitter Microsoft, les organisations françaises sont souvent face à une offre moins intégrée et parfois moins riche fonctionnellement, selon Christophe Borée : « Les acteurs français et européens tentent de structurer une offre concurrente à Microsoft 365, mais l’écosystème reste encore fragile. La bureautique libre ne couvre pas pleinement les usages professionnels, l’intégration entre les briques logicielles demeure limitée, les consortiums avancent chacun de leur côté et l’expérience utilisateur reste en retrait, y compris pour des actions simples comme la création d’un événement d’agenda assorti d’un lien de visioconférence ou certains usages collaboratifs », commente-t-il.
Malgré ces limites, certaines collectivités comme l’Occitanie ou la ville de Lyon, avancent en acceptant explicitement des compromis pour faire mûrir l’écosystème. « Ces villes et régions ont engagé un mouvement clair de sortie des technologies Microsoft. Dans ces territoires, la souveraineté constitue un choix politique structurant, formulé avant même l’élection américaine de 2024 », ajoute Christophe Borée. L’Occitanie a ainsi lancé un appel d’offres explicitement orienté vers une sortie des solutions des grands éditeurs américains, avec l’objectif de bâtir une alternative cohérente et complète. « Elle a également décidé d’écarter certaines solutions d’origine américaine, même lorsque leur hébergement reste européen, comme c’est le cas pour Klaxoon après son rachat par le groupe américain Wrike ».
Enfin, l’IA constitue un nouveau « terrain de jeu » en matière de dépendances technologiques : « Les organisations veulent désormais conserver le contrôle sur leurs données lorsqu’elles utilisent des services d’intelligence artificielle. Même des entreprises très intégrées à Microsoft cherchent des solutions d’IA souveraines pour éviter un transfert de données non maîtrisé. La souveraineté devient un critère encore plus déterminant sur l’IA que sur la bureautique », conclut Christophe Borée.
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Cloud Sovereighty Framework : quand le diable se cache dans les détails
Les objectifs de ce nouvel outil de pilotage sont clairs. Comme son nom l’indique, articulé autour de huit objectifs (souveraineté stratégique, juridique, opérationnelle, des données et de l’IA ou encore sécurité et conformité), ce cadre publié le mois dernier doit fournir une grille de lecture transparente et accorder demandeurs et offreurs sur des critères communs autour de la même sémantique pour définir la souveraineté. Mais comme souvent, c’est la méthodologie qui fait débat. Le CISPE, l’association des fournisseurs de services de cloud européen, s’inquiète. « Premièrement, nous ne pensons pas qu’une notation unique pour la souveraineté ait du sens, soit vous êtes souverain, soit vous ne l’êtes pas », affirme Francisco Mingorance, secrétaire général du CISPE. « Deuxièmement, la pondération des aspects clés qui déterminent la souveraineté juridique réelle ne représente que 10 % du score total. Cela signifie qu’un fournisseur étranger qui échoue complètement dans cette catégorie peut néanmoins obtenir une note élevée en matière de souveraineté en obtenant de bons résultats dans d’autres domaines. »
Fragmentation et confusion
C’est pourtant bien dans ce cadre controversé qu’un premier appel d’offres à 180 millions d’euros sur quatre ans a été lancé par la Commission pour équiper les institutions européennes. Quatre fournisseurs seront désignés. L’attribution de ce marché est prévue entre le mois prochain et février 2026. « Le principal risque est que ce cadre permette aux équipes chargées des marchés publics de prétendre qu’elles achètent des services souverains qui, en réalité, ne fournissent pas toujours des garanties d’immunité contre le contrôle et l’accès aux données par des régimes étrangers , ce qui est l’objectif fondamental de la souveraineté », assure M. Mingorance. Selon lui, un autre risque est que les autorités notent les candidats de différentes manières, ce qui entraînerait une fragmentation et une confusion quant aux services qui sont souverains et ceux qui ne le sont pas.
Un enjeu brûlant
On le voit, aussi transparent soit-il, ce nouveau référentiel (inspiré du cloud de confiance du Cigref, de Gaia-X et du cadre européen de certification de cybersécurité comme NIS2 et DORA) est loin de faire l’unanimité parmi les acteurs de l’industrie numérique. Les réactions sont d’autant plus vives que l’enjeu est brûlant. « La notion de score l’emporte sur celle de niveau, regrette Servane Augier, directrice des affaires publiques chez NumSpot, acteur français du cloud souverain. Le document rend trop complexes des concepts qui auraient pu être très simples puisqu’on a tous des analyses différentes à l’arrivée alors qu’on devrait être d’accord. » Désormais intégré aux marchés publics européens, ce nouveau référentiel administratif n’arrive d’ailleurs pas cet automne par hasard. L’outil est censé remplacer l’EUCS (schéma européen de certification de cybersécurité pour le cloud) embourbé depuis des années dans des discussions sans fin entre États membres. « Ce cadre crée de la confusion et de l’opacité au lieu de la clarté dont les clients et les fournisseurs ont besoin, fustige M. Mingorance, Les critères sont mal définis et l’attribution des points trop vague. »
Des coefficients différents
« L’outil contient des ambitions intéressantes, mais qui s’éloignent du sujet de la souveraineté, poursuit Mme Augier. Au chapitre environnement, on se demande par exemple en quoi les critères PUE (performance énergétique d’un centre informatique, ndlr) sont liés à un indice de souveraineté. Il ne faut pas tout mélanger. Cela laisse à penser qu’un cloud non souverain n’a pas besoin d’être « sustainable » (durable), ce qui serait une hérésie. La durabilité relève d’autres cadres. » Dans ce barème conçu pour mesurer la souveraineté des prestataires de cloud afin d’orienter les achats publics de l’administration européenne, tous les critères n’ont pas le même coefficient. La chaîne d’approvisionnement compte ainsi pour 20 % dans le score final alors que l’environnement (durabilité) ne représente que 5 %. « Les grands acteurs (AWS, Microsoft ou Google) pourront obtenir de très bons scores globaux élevés qui minimiseront l’impact des mauvais résultats en matière de souveraineté juridique et juridictionnelle, qui ne représentent que 10 % du score total », note M. Mingorance.
Les Shadoks pompaient
Dans chacune des huit catégories, le postulant obtient un score de 0 à 4, un « SEAL » (pour sovereignty effective assurance level) censé attester ou non de la souveraineté de son offre de cloud. La note globale est, elle, exprimée en pourcentage. Elle est ensuite intégrée dans la grille d’évaluation de l’appel d’offres, au même titre que la note technique, financière et jugeant la qualité. La souveraineté représente ainsi jusqu’à 15 % à 20 % du score total. « Puisqu’ils sont soumis à des lois américaines, les GAFAM ne passent pas l’échelon 1 sur la question de la souveraineté des données, constate Mme Augier. Le problème est réglé. À quoi bon ajouter un score total et pourquoi séparer les trois souverainetés (stratégique, juridique et opérationnelle) alors qu’elles sont indissociables ? On revient au temps des Shadoks qui pompaient ! » Même s’il n’est pas juridiquement contraignant, la Commission européenne incite les États membres à reprendre ce « Cloud Sovereignty Score » comme une grille commune d’évaluation pour leurs achats publics, afin d’harmoniser la demande. Le CISPE précise de son côté qu’il travaille sur son propre label de souveraineté.
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Un rapport fédéral met en cause la souveraineté numérique du Canada
Le gouvernement canadien a publié, le 3 novembre 2025, un livre blanc mettant en lumière les failles de la souveraineté numérique du pays. Le document rappelle qu’aucun État ne peut exercer un contrôle complet sur des informations hébergées par un fournisseur cloud soumis à des lois extraterritoriales, comme le Cloud Act américain.
Or, selon ce livre blanc, le gouvernement fédéral a dépensé, depuis 2021, 1,3 milliard de dollars canadiens (800 millions d’euros) pour des services cloud fournis par les entreprises américaines AWS, Microsoft et Google. Ces contrats vulnérables au Cloud Act comprennent notamment des « applications de défense essentielles » hébergées par AWS.
Le gouvernement fédéral actuel, et notamment son ministre de l’IA Evan Solomon, a fait de la souveraineté numérique l’un de ses chevaux de bataille. Le premier ministre Mark Carney envisage de créer un cloud souverain pour le Canada.
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Les FIGs, une puissance économique au service de la Tech US ?
Pour Emmanuel Mawet (fondateur et rédacteur en chef du site Effisyn SDS), Forrester, IDC et Gartner (FIGs), sont incontournables sur le marché des tendances et des analyses du secteur des technologies. Toutefois, « ils se proposent tous de fournir à leurs clients/utilisateurs les outils nécessaires à la compréhension du secteur des nouvelles technologies, de leurs impacts potentiels sur le futur de business établis et d’orienter sur les transformations à mettre en place, » écrivait-il en juin 2020.
Ludovic Leforestier confirme que les FIGS – et leur modèle d’affaires basé sur la recherche, le conseil, et l’organisation d’événements – influencent les décisions d’achat IT et de cybersécurité dans le monde : « Gartner a bien souvent l’oreille des CIO. Et quand ces derniers veulent acheter quelque chose, ils appellent Gartner, » relève le cofondateur de l’Institute of Industry Analyst Relations.
Selon lui, ils jouent cependant un rôle clé dans la structuration des marchés IT et cybersécurité, notamment en normalisant les catégories, en légitimant les acteurs et en ouvrant la concurrence : « Quand vous normez un marché, ses catégories et sa technologie, vous définissez tout ce qui en fait partie et en est exclu, » rappelle-t-il.
Une solution de facilité
Emmanuel Mawet estime néanmoins que les cadres dirigeants de grands groupes se réfugient bien trop souvent derrière ces cabinets de consulting, pour se dédouaner de toute responsabilité en cas d’échec. « D’ailleurs ces décisions, ou plus exactement non-décisions, entraînent chez eux et leurs concurrents un comportement de mouton de panurge, ce qui n’est pas la stratégie gagnante pour obtenir un avantage concurrentiel significatif, » confie-t-il.
Ces décideurs privilégieraient-ils donc les solutions « validées » par les cabinets américains, comme garantie de légitimité et de protection personnelle ?« Leurs décisions sont souvent dictées par la peur du risque personnel plutôt que par une analyse objective des besoins réels et des contraintes budgétaires, » note Luc Cottin (Chief Information Security Officer chez Rcube Professionnal Services). « Ce qui crée une gouvernance rigide, peu adaptable, et favorise l’interdépendance aux géants américains, au détriment de la souveraineté et de l’innovation locale ».
Des biais culturels forts
Cette dépendance reflète un biais culturel fort, selon ce dernier : « Les classements américains favorisent les acteurs pouvant payer pour y figurer et ignorent souvent les solutions européennes ou émergentes, » regrette-t-il. « Leur modèle économique et leur influence créent une distorsion du marché, où la notoriété prime sur la pertinence. De plus, les solutions américaines sont souvent surdimensionnées, chères, et peu adaptées aux PME ou aux besoins locaux ».
Pour Jean-Noël de Galzain, cette hégémonie des acteurs américains en cybersécurité crée une dépendance technologique et économique accrue et une perte de souveraineté pour l’Europe. « Le fait que 83 % des produits numériques soient achetés hors d’Europe illustre ce déséquilibre, » confie le président d’Hexatrust, le groupement des acteurs français et européens de la cyber et du cloud de confiance. « Et souvent les clients n’ont pas forcément connaissance du fait qu’au lieu d’aller s’équiper à l’autre bout du monde, ils peuvent trouver quelque chose qui est au coin de la rue. »
Et pour Maxime Alay-Eddine, membre du conseil d’administration d’Hexatrust et fondateur de Galeax, si les réglementations européennes (RGPD, NIS2, DORA) tentent de corriger cette tendance, elles se heurtent à la résistance des géants américains, qui refusent souvent de les reconnaître et de s’y conformer.
Quelles solutions ?
Comment réduire cette dépendance ? Luc Cottin suggère lui de former et de sensibiliser les décideurs aux alternatives européennes et aux risques de la dépendance américaine. Et plus globalement, de privilégier la proximité géographique, la durabilité et la localisation des données en Europe.
Tandis que pour Ludovic Leforestier, les fournisseurs européens de solutions IT et de cybersécurité pourraient mieux faire pour figurer dans ces listes de tendances : « Bien souvent, ils sous-investissent en marketing et en relations analystes par rapport à leurs homologues américaines, ce qui est dramatique, » regrette-t-il, déplorant également une sous-capitalisation des sociétés et startups européennes : « Là où elles lèveront péniblement 5 millions de dollars, les Américaines en lèveront dix fois plus. »
Hexatrust prône de faire émerger une analyse qui met en avant les offres de solutions françaises et européennes existantes. « Les enjeux pour l’Europe sont de structurer un écosystème cyber résilient et souverain, en cartographiant l’offre locale et en promouvant les solutions européennes. Cela passe par la création d’outils d’analyse indépendants et par une meilleure visibilité des acteurs européens, souvent innovants mais méconnus, » explique M. Alay-Eddine.
Quels champions européens ?
L’objectif est de réduire la dépendance aux États-Unis et de favoriser l’émergence de champions européens : « Il ne s’agit pas de s’opposer aux FIGs, mais bien de faire en sorte qu’en Europe, nos entreprises puissent exister auprès des utilisateurs, » insiste M. de Galzain.
Car « il est important que des acteurs européens puissent donner leurs analyses fondées sur une réelle connaissance du marché européen et des acteurs numériques et technologiques de ce marché, pour le mettre en perspective du marché américain, » ajoute Emmanuel Mawet. « Si nous ne prenons pas en compte la défense de nos propres acteurs et vision, ni les Chinois, ni les Américains le feront à notre place ».
Depuis 2004, KuppingerCole Analysts, un bureau des tendances européen basé en Allemagne propose des solutions résilientes de gestion des risques, des identités et des accès, et de gouvernance. Dédié aux marchés européens, EMEA et Asie-Pacifique, il se positionne comme « une alternative » à Gartner : « Notre méthodologie diffère sur certains aspects, comme le fait d’aller dans une grande profondeur technique, ce qui conduit parfois à des perspectives ou des résultats différents, » précise Martin Kuppinger son cofondateur.
Cartographier l’existant
Et pour répondre à une demande croissante de solutions souveraines en Europe, l’analyste compte initier une série d’études de recherche axées sur des segments de marché et des fournisseurs spécifiques dans certaines régions. « L’objectif est d’offrir à nos clients un aperçu du paysage de ces écosystèmes. Nous voulons ainsi mettre en avant les fournisseurs régionaux et aider les clients à prendre des décisions éclairées, car les fournisseurs non américains sont souvent confrontés à une visibilité et à une présence réduites sur le marché, » détaille-t-il. « La méthodologie offrira une image complète du marché, comparable à un processus d’appel d’offres technique, qui nous permettra d’examiner en profondeur les forces, les innovations et l’adaptation globale de chaque fournisseur à différents types de clients ».
De son côté, Hexatrust et le CESIN travaillent à une base de données des solutions cyber européennes, qui s’appuie sur une approche collaborative et sur des standards neutres (comme le NIST CSF). « Nous voulons montrer que des alternatives crédibles existent dans ces domaines, en mettant en avant la souveraineté, la résilience et l’innovation européenne, » détaille Jean-Noël de Galzain. « L’ambition est de structurer un écosystème favorable à l’émergence de champions dans le domaine de la tech, du cyber, du cloud et des digital workplace d’origine française. La France doit être à l’Europe ce qu’Israël est aux États-Unis en matière de cyber. » Une première version est prévue fin 2025 pour la France ; une extension européenne verra ensuite le jour en 2026.
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